1) Tout d’abord Le Front de Gauche a choisi de ne pas mener de campagne nationale pour ces législatives. Nous avons fait dans ce domaine le service minimum alors qu’il fallait au contraire ouvrir toutes grandes portes et fenêtres pour permettre de faire vivre la mobilisation, sans souci d’appareil, sans concurrence.
Conséquence : aucune initiative forte n’a été prise au niveau national alors qu’on pouvait imaginer un nouveau rassemblement à la Bastille, des pique-niques festifs unitaires dans chacun des départements, etc. Chaque organisation du Front de gauche a mené finalement sa propre campagne de façon très isolée. J’ai, en tant que co-initiateur du Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance, soutenu des candidats du Front de gauche, PCF, PG, GU…. Je le dis avec force : le Front de gauche ne pouvait qu’échouer à choisir de rester un cartel électoral.

2) Le Front de gauche n’a pas su donner un sens politique fort donc clair à ces élections législatives. Les thèmes mis en avant étaient en retrait par rapport aux présidentielles. On a joué l’idée illusoire d’un « vote utile » Front de gauche dans l’espoir de peser sur le PS. Conséquence : le sens général du vote Front de gauche (un vote à la fois anticapitaliste et antiproductiviste) a été gommé au profit souvent d’une simple surenchère. Nous payons aujourd’hui les insuffisances de notre projet. Je reste convaincu que nous aurions gagné à parler de gratuité des services publics locaux, de réduction du temps de travail (les 32 heures tout de suite !), de sortie nécessaire du nucléaire, etc. Nous n’avons pas su susciter le désir, donner envie...

Le Front de gauche est aujourd’hui au pied du mur. Nous devons plus que jamais garantir son futur.

En refusant de participer, même à titre individuel (sic), au gouvernement « socialiste » qui sera bien davantage un gouvernement d’alternance que d’alternatives, ce qui n’interdit pas d’être une force de propositions;

en créant des collectifs locaux du Front de gauche, ouverts à toutes et à tous;

en libérant les initiatives pour enfanter un nouveau projet capable de susciter le désir, en prenant acte, à la fois, de la faiblesse électorale de nos forces, mais de la richesse des expérimentations.

Oui, il existe déjà une société post-capitaliste et post-productiviste en souffrance.

Nous devons ajouter à l’insurrection électorale et à celle des consciences, l’insurrection des existences.

Nous devons réinventer une gauche maquisarde, une gauche qui fasse au maximum sécession d’avec les logiques du capitalisme et du productivisme, une gauche buissonnière mais capable de faire école.

Nous devons penser, dès maintenant, les conditions de l’émergence de petits bouts d’une autre société, grâce à la richesse d’un véritable « socialisme municipal » autour notamment de la gratuité des services publics, grâce au retour nécessaire du mouvement coopératif, grâce à l’essor d’un «syndicalisme à bases multiples », etc.

Nous devons apprendre à passer des passions tristes aux passions joyeuses, seule façon de battre le F-Haine.

Nous devons dire que « résister c’est créer ».

Nous vous donnons rendez-vous lors du Forum mondial de la pauvreté (fin juillet à Pau) que nous co-organisons avec Emmaüs-Lescar-Pau pour obtenir du pouvoir socialiste les moyens de multiplier les alternatives, pour libérer sans cesse de nouveaux territoires (comme le furent les radios libres et les lois Auroux en 1981) ;

nous vous donnons rendez-vous lors du deuxième forum national de la désobéissance à Grigny (Rhône), le dernier samedi de septembre,

pour « désobéir à l’Union Européenne » en organisant un référendum d’initiative citoyenne sur le traité Merkozy, « pour désobéir à la dette » en organisant des audit des dettes publiques, en formant citoyens et élus à la désobéissance, une désobéissance pour dire « Non à tout ce qui nous tue » et « Oui au Bien-Vivre ».

Face à l’échec malheureusement programmé du Parti socialiste et d’EELV, compte tenu de leurs choix politiques, nous ne pourrons résister à la vague brune qui menace l’Europe, que si nous avons un grand projet à la hauteur de l’histoire, que si nous inventons une nouvelle gauche tout autant sociale qu’écologique, une gauche de rupture avec le capitalisme et le productivisme, une gauche qui sache que la croissance économique ne reviendra pas, une gauche qui sache qu’il faut construire, dès maintenant, une société post-croissance, post-extractiviste (1), une gauche partageuse, une gauche capable d’écrire de « nouveaux jours heureux ».

Notes :

(1) L’extractivisme est constitué par le pillage des matières premières fossiles, minérales, agricoles, sylvicoles et halieutiques : l’appropriation, par quelques uns, des 4 éléments que sont l’air, l’eau, la terre et le feu (pétrole, uranium, charbon), des biens communs appartenant à tous. ( extrait de l’article du site « Les moutons enragés » intitulé « Annuler les dettes illégitimes, créer une société post-extractiviste… »